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90% des volailles périssent, des milliers de litres de lait jetés, poisson qui double, ce que la Tunisie affronte

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90% des volailles périssent, des milliers de litres de lait jetés, poisson qui double, ce que la Tunisie affronte
© Image générée par IA / Ideogram

Des centaines de poulets morts, des volumes de lait impropres à la vente et un poisson devenu nettement plus cher sur certains étals. En Tunisie, les délestages électriques répétés pèsent lourdement sur des filières agroalimentaires dépendantes du froid, de la ventilation et de l’eau. Selon des informations rapportées par l’AFP et reprises par BFM, les dégâts touchent déjà des élevages, des collecteurs laitiers et des marchés de produits frais, avec une facture économique qui s’ajoute aux tensions sociales liées aux coupures.

À El Fahs, 90% des volailles périssent sans ventilation

Dans une exploitation avicole d’El Fahs, à environ soixante kilomètres de Tunis, les coupures ont transformé un bâtiment d’élevage en zone sinistrée. Les images décrites sur place montrent un tractopelle rassemblant des cadavres de poulets avant leur enfouissement dans une fosse. La scène résume la vulnérabilité d’une production qui repose sur une alimentation électrique continue, notamment en période de forte chaleur.

Sans ventilation ni circulation d’eau, près de 90% des volailles auraient péri dans cette exploitation. Les pertes évoquées atteignent 400 à 500 tonnes de viande, un volume considérable pour un seul site. Dans un élevage intensif, l’électricité ne sert pas seulement à l’éclairage. Elle maintient les systèmes d’aération, actionne les pompes, régule l’ambiance intérieure et permet d’éviter l’accumulation de chaleur dans des bâtiments fermés.

La mortalité rapide des animaux crée aussi un problème sanitaire immédiat. Les carcasses doivent être retirées, transportées ou enfouies dans des conditions strictes pour limiter les risques de contamination. Les éleveurs touchés perdent leur production, mais doivent également assumer des coûts de nettoyage, de désinfection et de remise en état. Une panne prolongée peut donc effacer plusieurs mois de travail en quelques heures.

Pour les producteurs, les coupures d’électricité interviennent dans un contexte déjà tendu, marqué par le coût des aliments pour bétail, les difficultés de trésorerie et la pression sur les prix de vente. Les petits exploitants disposent rarement de groupes électrogènes assez puissants pour alimenter l’ensemble d’un site. Les plus grands peuvent être équipés, mais le carburant, la maintenance et les délais de réparation réduisent fortement l’efficacité de cette protection.

Exploitation avicole tunisienne touchée par les coupures d’électricité près de Tunis
À El Fahs, les pertes avicoles illustrent la dépendance des élevages à la ventilation électrique. — Photo : Mahmoud Yahyaoui / Pexels

Le lait tunisien fragilisé par la rupture du froid

La filière laitière figure parmi les plus exposées aux délestages, car le lait doit être refroidi très rapidement après la traite. Dans de nombreuses exploitations, les cuves réfrigérées fonctionnent plusieurs heures par jour afin de maintenir le produit à une température compatible avec la collecte. Une coupure prolongée suffit à faire basculer un lot entier dans la catégorie des denrées non commercialisables.

Les pertes se comptent en milliers de litres, selon les témoignages relayés ces derniers jours. Le problème ne se limite pas à la ferme. Les camions de collecte, les centres de regroupement, les laiteries et les points de distribution dépendent également de la chaîne du froid. Lorsque plusieurs maillons sont touchés au même moment, les industriels refusent des volumes jugés trop risqués, même si les éleveurs ont respecté leurs procédures habituelles.

Cette fragilité pèse directement sur les revenus agricoles. Un producteur payé au litre ne récupère rien lorsque le lait est jeté. Il conserve pourtant ses charges, alimentation des vaches, main-d’œuvre, soins vétérinaires, carburant et remboursement du matériel. Dans certaines zones rurales, la vente quotidienne du lait assure une rentrée de trésorerie indispensable. Une série de coupures peut donc provoquer des retards de paiement en cascade.

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La filière lait tunisienne repose sur un équilibre logistique serré. Les collecteurs organisent leurs tournées en fonction des volumes attendus, des capacités des cuves et des horaires de livraison aux unités de transformation. Quand l’électricité manque, cet équilibre se dérègle. Les retards augmentent, les contrôles qualité se durcissent et les producteurs les moins équipés subissent les pertes les plus élevées.

Les consommateurs peuvent aussi en ressentir les effets. Une baisse temporaire de l’offre entraîne des tensions sur certains produits frais, notamment dans les commerces de proximité. Les industriels cherchent souvent à réorienter les volumes encore utilisables vers des produits transformés, mais cette solution dépend de la qualité du lait à l’arrivée. La succession des délestages réduit donc la marge de manœuvre de l’ensemble des collecteurs.

Marché au poisson tunisien confronté à la hausse des prix
La conservation du poisson dépend des machines à glace et des chambres froides. — Photo : Kindel Media / Pexels

Le prix du poisson double dans plusieurs marchés tunisiens

Les marchés au poisson subissent un autre type de choc. Dans plusieurs points de vente, le prix du poisson aurait doublé, sous l’effet combiné des difficultés de conservation, de la baisse des quantités proposées et de la hausse des coûts pour les professionnels. Le poisson frais exige de la glace, des chambres froides et une rotation rapide entre le port, le grossiste et le détaillant.

Dans les ports tunisiens, une coupure peut bloquer les machines à glace ou perturber les installations de stockage. Les pêcheurs et les mareyeurs doivent alors écouler plus vite leur marchandise, parfois avec une marge réduite, ou limiter les sorties en mer si les conditions de conservation au retour ne sont pas garanties. La rareté perçue sur les étals entretient ensuite la hausse, surtout pendant les périodes de forte demande.

Les prix doublés ne signifient pas toujours que les vendeurs réalisent un gain supplémentaire. Le transport réfrigéré, l’achat de glace, les pertes en fin de journée et le recours ponctuel à des générateurs pèsent sur leurs comptes. Un poissonnier qui jette une partie de sa marchandise répercute souvent ce risque sur les lots restants. Le consommateur paie alors une facture liée autant à l’énergie qu’à la pêche elle-même.

Le phénomène touche particulièrement les ménages modestes, pour lesquels le poisson constitue une source de protéines déjà plus chère que d’autres produits. Lorsque le prix grimpe brusquement, les achats se reportent vers des denrées moins coûteuses, ce qui modifie l’équilibre des marchés alimentaires. Les restaurants populaires et les cantines privées réduisent aussi leurs commandes, faute de visibilité sur les tarifs du lendemain.

Les chambres froides jouent ici un rôle central. Elles permettent d’absorber les variations de capture et d’organiser la distribution vers les villes de l’intérieur. Lorsque leur fonctionnement devient incertain, la filière poisson perd sa capacité de régulation. Une coupure locale peut donc avoir des répercussions sur plusieurs marchés, bien au-delà du port concerné.

La STEG sous pression face aux délestages agricoles

La question dépasse le seul préjudice subi par quelques exploitations. Les délestages mettent en lumière la dépendance de l’agroalimentaire tunisien à un réseau électrique capable d’assurer une continuité minimale. La STEG, opérateur public de l’électricité et du gaz, fait face à une demande élevée, notamment pendant l’été, lorsque la climatisation, le pompage et la réfrigération sollicitent fortement les capacités disponibles.

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Pour les filières agricoles, les délestages ne sont pas de simples désagréments. Ils interrompent des processus biologiques et industriels qui ne peuvent pas être mis en pause. Un bâtiment avicole surchauffe vite, une cuve de lait perd sa conformité, un lot de poisson frais se dégrade. Les délestages deviennent donc un facteur direct de pertes alimentaires, de baisse de revenus et de tensions sur les prix.

Les solutions d’urgence existent, mais elles restent inégalement accessibles. Les groupes électrogènes peuvent protéger une ferme ou un entrepôt, à condition d’être dimensionnés, entretenus et alimentés en carburant. Leur coût initial écarte de nombreux petits producteurs. Les installations solaires avec batteries offrent une piste intéressante pour certaines exploitations, mais l’investissement demeure élevé et ne couvre pas toujours les pics de consommation.

Le débat porte aussi sur l’information donnée aux professionnels. Des coupures planifiées et annoncées permettraient aux éleveurs, collecteurs et commerçants d’adapter leurs horaires, de lancer des générateurs ou de réduire temporairement les volumes exposés. À l’inverse, des interruptions imprévues provoquent les dégâts les plus lourds, car elles frappent au moment où les systèmes de ventilation ou de froid sont indispensables.

L’enjeu concerne désormais la sécurité alimentaire autant que la gestion du réseau. Les pertes de viande, de lait et de poisson réduisent l’offre disponible dans un pays où le budget alimentaire occupe une place majeure dans les dépenses des ménages. Pour l’agroalimentaire, la continuité électrique devient une condition de production, au même titre que l’accès à l’eau, aux intrants et aux circuits de distribution.

Questions fréquentes

Pourquoi les délestages provoquent-ils autant de pertes dans les élevages ?
Les élevages intensifs dépendent de systèmes électriques continus pour la ventilation, l’alimentation en eau et la régulation de la température. Lorsqu’une coupure dure trop longtemps, la chaleur s’accumule rapidement et les animaux peuvent mourir en grand nombre.
Pourquoi le lait doit-il être jeté après une coupure prolongée ?
Le lait doit être refroidi peu après la traite pour rester conforme aux normes sanitaires. Si la cuve ne fonctionne plus assez longtemps, la température remonte et les laiteries peuvent refuser la collecte afin d’éviter tout risque pour les consommateurs.
La hausse du prix du poisson est-elle uniquement liée aux coupures ?
Les coupures jouent un rôle majeur en perturbant la fabrication de glace, les chambres froides et la logistique. D’autres facteurs peuvent aussi intervenir, comme la météo, les volumes pêchés et les coûts de transport.

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À retenir

  • Les coupures d’électricité ont provoqué de lourdes pertes avicoles près de Tunis.
  • Le lait jeté révèle la fragilité de la chaîne du froid.
  • La hausse du poisson touche les ports, les marchés et les ménages.
  • La continuité électrique devient un enjeu de sécurité alimentaire.

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