Accueil Actualités 8 réacteurs, 23 chantiers, 170 milliards de yuans, en 2026 la Chine...

8 réacteurs, 23 chantiers, 170 milliards de yuans, en 2026 la Chine dope le nucléaire, ce que Pékin veut vraiment sécuriser

7
0
8 réacteurs, 23 chantiers, 170 milliards de yuans, en 2026 la Chine dope le nucléaire, ce que Pékin veut vraiment sécuriser
© Image générée par IA / Ideogram

La Chine a construit en dix ans davantage de puissance nucléaire que le reste du monde, selon Transitions & Energies, et Pékin accélère encore en 2026. Le Conseil d’État vient d’approuver quatre projets, soit huit réacteurs, pour un investissement annoncé à 170 milliards de yuans. Cette décision confirme une politique industrielle qui associe sécurité énergétique, réduction du charbon et besoins croissants des centres de données liés à l’intelligence artificielle.

Pékin valide huit réacteurs pour 170 milliards de yuans

La décision annoncée à la fin juillet par le Conseil d’État chinois porte sur quatre nouveaux projets de centrales, répartis sur plusieurs sites côtiers. Le volume est considérable, soit huit réacteurs supplémentaires, principalement de troisième génération et de conception nationale. L’investissement total évoqué atteint 170 milliards de yuans, environ 20 milliards d’euros selon les taux récents, ce qui confirme la capacité chinoise à engager des programmes énergétiques lourds sans étalement politique prolongé.

Cette annonce s’inscrit dans une séquence longue. Après Fukushima, de nombreux pays ont ralenti leurs programmes nucléaires, parfois pour une décennie entière. La Chine a, elle aussi, renforcé ses procédures de sûreté, mais sans abandonner son objectif industriel. Depuis dix ans, ses mises en service ont dépassé celles du reste du monde réuni, d’après Transitions & Energies, un indicateur qui mesure moins un simple rattrapage qu’un changement d’échelle.

Le choix technologique joue un rôle central. Le réacteur Hualong-1, développé par l’industrie chinoise, devient la vitrine du pays pour son marché intérieur et pour ses ambitions à l’exportation. Sa diffusion permet de standardiser les chantiers, de réduire les délais administratifs et de consolider une filière d’équipementiers nationaux. Dans le nucléaire, la répétition des modèles compte autant que la puissance installée, car elle conditionne les coûts, la formation des équipes et la maîtrise des chaînes d’approvisionnement.

Pékin poursuit une méthode déjà observée dans le ferroviaire à grande vitesse, les batteries et le solaire. L’État fixe un cap, mobilise les entreprises publiques, sécurise le financement et demande des résultats mesurables. Ce modèle n’annule pas les risques techniques, financiers ou environnementaux, mais il donne au secteur nucléaire chinois une visibilité que beaucoup de concurrents occidentaux ont perdue depuis plusieurs années.

Responsables chinois examinant des projets nucléaires approuvés par Pékin
Le Conseil d’État chinois a validé quatre projets nucléaires représentant huit réacteurs. — Photo : 易 凡 / Pexels

L’AIEA recense 23 réacteurs chinois en construction

Les données disponibles confirment l’écart avec les autres grands pays nucléaires. Selon l’AIEA, la Chine compte actuellement 23 réacteurs en construction. D’autres décomptes, fondés sur des périmètres plus larges de chantiers engagés, évoquent 32 sur 63 projets nucléaires actifs dans le monde au début juillet. La différence entre ces chiffres tient aux méthodes retenues, démarrage du béton nucléaire, autorisation formelle, travaux préparatoires ou unités effectivement déclarées auprès des instances internationales.

Même avec l’estimation la plus prudente, le poids chinois demeure dominant. Les États-Unis conservent le premier parc mondial en production, la France reste l’un des pays les plus nucléarisés en part d’électricité, mais la dynamique de construction se situe désormais en Asie. La Chine ajoute régulièrement des capacités nouvelles, tandis que plusieurs économies occidentales débattent encore du financement, des délais et de la place du nucléaire dans leur bouquet énergétique.

Cette avance tient à la fois au rythme de décision et à l’organisation industrielle. Les grands groupes chinois du secteur peuvent s’appuyer sur des carnets de commandes continus, ce qui maintient les compétences de chantier. Dans les pays où les projets sont rares, chaque nouvelle centrale devient presque un prototype institutionnel. Les dépassements de coûts, les recours et la perte de savoir-faire ralentissent les programmes, en particulier lorsque les gouvernements alternent entre relance et pause réglementaire.

Lire aussi :  Pétrole en forte hausse, valeurs de l'énergie en Bourse, ce que l'escalade des tensions révèle aux marchés

Le site de Taipingling, dans la province du Guangdong, illustre cette logique. À terme, six unités Hualong-1 doivent y être construites en trois phases. Cette approche par série permet d’utiliser les mêmes fournisseurs, les mêmes équipes d’ingénierie et des procédures proches d’un réacteur à l’autre. Pour Pékin, l’enjeu dépasse la production électrique locale. Il s’agit de bâtir une base industrielle capable de soutenir plusieurs décennies d’exploitation et d’exporter un modèle complet, du combustible aux services de maintenance.

Chantier nucléaire du Guangdong pour réduire la dépendance au charbon
Dans le Guangdong, le nucléaire doit répondre à une demande électrique industrielle élevée. — Photo : Jack Atkinson / Pexels

Le Guangdong illustre le basculement du charbon vers l’atome

Le choix du Guangdong n’est pas anodin. Cette province du sud-est est l’une des régions les plus industrialisées et les plus densément peuplées de Chine. Elle concentre usines, ports, métropoles et besoins électriques élevés, avec une demande difficile à couvrir uniquement par les renouvelables intermittents. Le nucléaire y apporte une production stable, disponible jour et nuit, ce qui répond aux impératifs des industriels comme aux contraintes du réseau.

Selon les informations reprises par Courrier international à partir de médias chinois, les futures unités du complexe de Taipingling pourraient réduire la consommation de charbon thermique d’environ 15 millions de tonnes par an. Le même calcul évoque une baisse de près de 46 millions de tonnes d’émissions associées. Ces ordres de grandeur dépendent du facteur de charge, du mix remplacé et des besoins réels du réseau, mais ils donnent la mesure de l’objectif affiché.

La Chine demeure le premier consommateur mondial de charbon. Les centrales thermiques y assurent encore une part majeure de l’électricité, en particulier lors des pics de demande. Le développement nucléaire ne signifie donc pas une sortie rapide du charbon, mais une diversification accélérée. Pékin combine construction de réacteurs, déploiement massif de solaire, éolien, hydraulique et capacités de stockage. La priorité est double, limiter les pénuries qui peuvent freiner l’activité économique et réduire la dépendance aux combustibles fossiles importés.

Cette stratégie soulève aussi des interrogations. Les centrales nucléaires nécessitent un accès sécurisé à l’eau, une gestion stricte des déchets, des contrôles de sûreté continus et une transparence suffisante pour maintenir la confiance publique. Dans un pays où la décision énergétique reste très centralisée, les autorités mettent en avant la performance industrielle et climatique. Les observateurs étrangers, eux, examinent de près la qualité de la supervision, la remontée des incidents et la robustesse des dispositifs d’urgence autour des sites côtiers.

L’intelligence artificielle renforce la demande électrique chinoise

La relance nucléaire chinoise ne répond pas seulement aux besoins classiques de l’industrie lourde. Les autorités associent désormais l’atome à la montée de l’intelligence artificielle, très consommatrice d’électricité. Les modèles de calcul, les serveurs graphiques et les infrastructures de refroidissement exigent une alimentation stable. Les centres de données ne peuvent pas dépendre uniquement de sources variables, surtout lorsqu’ils fonctionnent en continu pour l’entraînement de modèles, les services en ligne et les usages industriels.

Lire aussi :  90% des volailles périssent, des milliers de litres de lait jetés, poisson qui double, ce que la Tunisie affronte

Cette contrainte énergétique devient un sujet stratégique dans toutes les grandes économies. Aux États-Unis, plusieurs opérateurs technologiques signent des contrats d’approvisionnement à long terme avec des producteurs nucléaires. En Europe, la question divise encore, mais la consommation électrique du numérique progresse. La Chine, elle, veut éviter que l’essor de ses capacités de calcul ne crée un nouveau facteur de vulnérabilité. Le nucléaire offre une réponse planifiable, avec des volumes élevés et une faible émission directe de CO2 lors de la production.

L’objectif de devenir le premier producteur mondial d’énergie nucléaire d’ici 2030 structure cette politique. Il ne s’agit pas seulement de dépasser les États-Unis en volume annuel. Pékin cherche à maîtriser une chaîne complète, ingénierie, combustible, construction, exploitation, formation et équipements spécialisés. Cette intégration nourrit une forme de souveraineté énergétique, au moment où les tensions commerciales et technologiques poussent chaque puissance à sécuriser ses infrastructures critiques.

Le rythme chinois place les autres pays face à un choix. Relancer le nucléaire demande des décisions longues, des financements publics ou garantis, une acceptation locale et des compétences rares. Refuser cette option suppose d’investir plus fortement dans les réseaux, le stockage, l’efficacité énergétique et les renouvelables pilotables. La Chine avance sur plusieurs fronts à la fois, ce qui rend la comparaison délicate. Son programme nucléaire reste marqué par des défis de sûreté et de transparence, mais sa progression modifie déjà l’équilibre mondial de l’énergie bas-carbone.

Questions fréquentes

Pourquoi la Chine construit-elle autant de réacteurs nucléaires ?
Pékin cherche à sécuriser son approvisionnement électrique, réduire sa dépendance au charbon et soutenir les besoins croissants de l’industrie, des métropoles et des centres de données liés à l’intelligence artificielle.
Combien de réacteurs nucléaires chinois sont actuellement en construction ?
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, la Chine compte 23 réacteurs nucléaires en construction. Certains décomptes plus larges évoquent davantage de chantiers selon les critères retenus.
Quel rôle joue le réacteur Hualong-1 dans cette stratégie ?
Le Hualong-1 est un modèle chinois de troisième génération. Sa diffusion permet de standardiser les chantiers, de consolider les compétences industrielles et de renforcer l’autonomie technologique du pays.
Le nucléaire chinois remplace-t-il déjà le charbon ?
Le nucléaire réduit certaines consommations de charbon dans les régions raccordées, mais la Chine reste fortement dépendante des centrales thermiques. L’atome complète un mix qui inclut aussi solaire, éolien, hydraulique et stockage.

86,3 % en un an, à fin juillet, l’électrique et l’hybride attirent les Marocains, ce que les carburants chers révèlent

À retenir

  • La Chine a validé huit nouveaux réacteurs pour 170 milliards de yuans.
  • L’AIEA recense 23 réacteurs chinois actuellement en construction.
  • Le Guangdong illustre l’usage du nucléaire pour réduire le charbon.
  • L’essor de l’intelligence artificielle renforce les besoins électriques.

44 378 immatriculations électriques, 3 794 ventes pour la R5, podium 100 % Losange, ce que Tesla doit affronter