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Reportage de la BBC : Le Salvation Express, le train entre Kiev et Lviv, le chemin de la paix et de l’exil pour des millions d’Ukrainiens.

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Dix millions de personnes ont fui leurs foyers en Ukraine Ă  cause de l’invasion russe. La plupart se dirigent vers l’ouest, vers la sĂ©curitĂ© relative de villes comme Lviv – et beaucoup se dirigent vers les pays voisins. Le journaliste de la BBC Fergal Keane a rencontrĂ© certains de ceux qui ont pris le train 91/92 entre Kiev et Lviv, que le journaliste appelle le « Salvation Express ».

L’exploitation du système ferroviaire a coĂ»tĂ© un lourd tribut humain : 33 employĂ©s des chemins de fer ont Ă©tĂ© tuĂ©s. Les lignes et les stations ont Ă©tĂ© bombardĂ©es.

Le conducteur du train 91/92 entre Lviv et est Yevgen Propokenko, un vétéran des chemins de fer depuis 40 ans. Il vient de Kharkov, qui est maintenant assiégée par les Russes, et où sa fille et son gendre travaillent également pour faire fonctionner le Salvation Express. Les chemins de fer, explique-t-il, sont une tradition dans sa famille.

« C’est affreux. Ma ville natale est bombardĂ©e, » dit Yevgen. « Je peux le sentir et le voir, mais je ne peux pas le croire ! »

L’homme sait que son propre train risque d’ĂŞtre attaquĂ©. L’une des tâches du conducteur consiste Ă  vĂ©rifier que les fenĂŞtres du train sont couvertes afin que ses feux ne constituent pas une cible Ă©vidente pour les avions russes.

« On peut voir la sur les visages des gens qui montent dans les wagons. C’est notre travail. C’est ce que nous devons faire. »

À bord se trouve également son jeune collègue, Oleksandr Shevchenko, 31 ans, porte-parole des chemins de fer, qui se rend à une cérémonie de remise de prix. Le Premier ministre ukrainien remettra des prix au personnel ferroviaire à la gare de Kiev.

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Ce train se dirige vers l’est en pleine guerre avec seulement quelques passagers Ă  bord. Dans un compartiment se trouve Petro Rocharan, un banquier d’affaires de 25 ans qui s’est portĂ© volontaire pour rejoindre un bataillon dĂ©fendant la capitale. Petro est un scout. Il n’a eu que trois semaines d’entraĂ®nement militaire et est honnĂŞte sur ses sentiments.

« Je suis assez effrayĂ©, honnĂŞtement. Je sais que Kiev a traversĂ© beaucoup d’Ă©preuves, y compris les rues dans lesquelles je marche, oĂą vivent certains de mes amis… Je ne suis simplement pas sĂ»r d’ĂŞtre prĂŞt Ă  voir ces bâtiments dĂ©truits », explique le jeune homme. Petro parle des diffĂ©rentes vagues de sentiments : de la peur Ă  l’excitation et de nouveau Ă  la peur.

Le train arrive Ă  Kiev juste après l’aube, et Petro part Ă  la recherche de son bataillon. De nouvelles lignes d’ingĂ©nieurs, de conducteurs et d’agents de train commencent Ă  arriver Ă  la gare. Il en va de mĂŞme pour les bus transportant des familles des villes dĂ©chirĂ©es par la guerre de Kharkov, Mariupol, Kramatorsk et des banlieues de Kiev.

Oleg Krivospitska, 59 ans, est un habitant de Troiescykina, dans la banlieue nord de Kiev, et a amené à la gare sa femme, Olena, sa fille de 29 ans, Olga, et ses petites-filles de 6 et 12 ans.

Mais Oleg ne voyagera pas avec eux. Il doit rester sur place et s’occuper d’un parent âgĂ© qui ne peut pas voyager.

Olena dit qu’ils prendront le train jusqu’Ă  Lviv oĂą ils resteront quelques jours avant de dĂ©cider oĂą aller en Europe. « Je n’ai pas de mots pour le dire », dit-elle. « C’est quelque chose d’horrible que je n’arrive pas Ă  croire qu’il se passe. Je prends des analgĂ©siques tous les jours pour me calmer, mais mĂŞme cela ne m’aide pas. »

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Oleg est un homme grand et fort, et sa femme, Olena, se penche vers lui lorsque l’heure de monter dans le train approche. Ils s’embrassent et se balancent doucement d’un cĂ´tĂ© Ă  l’autre. C’est un portrait de la force et de la perte, ancrĂ© dans leurs 30 ans de vie commune.

Oleg ne parle ni ne pleure. Pour le bien des enfants, il sourit.

MĂŞme lorsqu’il passe devant le train en partance et qu’il voit Olena en train de pleurer, il continue Ă  sourire et Ă  saluer. Les petites filles crient : « On t’aime, on t’aime ! ». Sa fille, Olga, crie : « Attendez-nous ! ».

J’attendrai. Bien sĂ»r. Le temps qu’il faudra.

Le train prend de la vitesse. La locomotive siffle et les wagons se dirigent vers l’ouest, Ă  travers les banlieues, loin de la ligne de front, dans l’immensitĂ© du deuxième plus grand pays d’Europe. Il passe par des champs de blĂ© prĂŞts Ă  ĂŞtre ensemencĂ©s au printemps, par des villes grandes et petites, de plus en plus Ă©loignĂ©es de la zone de guerre.

Il est plus de 22 heures quand le Salvation Express entre dans Lviv. Olga, Olena et les enfants sont dans le premier wagon, et il fait nuit sur le quai. Un conducteur apparaît avec une lampe de poche et éclaire leur chemin. Les passagers fatigués rassemblent leurs bagages et se dirigent vers les lumières de la gare.

Dans un jour ou deux, ils monteront dans un autre train, vers la Pologne, la paix et l’exil.

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