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Milorad Dodik allume la mèche du baril de poudre des Balkans. Le parlement serbe de Bosnie lance une dangereuse procédure de sécession

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Le parlement serbe de Bosnie a lancé vendredi un processus controversé de retrait des institutions communes qu’il partage avec d’autres entités de Bosnie-Herzégovine, notamment l’armée, malgré les mises en garde occidentales contre les intentions séparatistes dans la région des Balkans.

La Bosnie-Herzégovine est restée ethniquement divisée après la guerre de 1992-1995 qui a suivi l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Aujourd’hui, plus de 25 ans après la fin des hostilités, on craint qu’un nouveau conflit n’éclate en raison des ambitions sécessionnistes des Serbes de Bosnie.

Réuni dans la ville septentrionale de Banja Luka, capitale de la Republika Srpska, le Parlement de l’entité serbe de Bosnie a donné six mois au gouvernement pour organiser le retrait de trois institutions centrales de l’État : l’armée, la justice et l’administration fiscale, rapporte l’AFP.

« La Bosnie se dirige dans une direction sur laquelle nous n’étions pas d’accord en signant les accords de paix de Dayton », a déclaré Milorad Dodik, ancien président de la Republika Srpska, aujourd’hui représentant politique des Serbes de Bosnie à la présidence collégiale de la Bosnie-Herzégovine. « C’est le moment de la liberté pour la Republika Srpska », a-t-il proclamé.

Les accords de Dayton ont mis fin en 1995 à un conflit qui a fait 100 000 morts et divisé la Bosnie en deux entités, la Republika Srpska et une entité croato-musulmane, réunies sous le nom de Bosnie-Herzégovine. Dans le même temps, l’accord de paix a mis en place une structure administrative dense destinée à prévenir les futures violences interethniques. Dans les années qui ont suivi, sous la pression des puissances occidentales, l’État central de Bosnie-Herzégovine, dont le pouvoir est faible, a commencé à mettre en place des institutions communes, l’armée, le système judiciaire, l’administration fiscale et les services de renseignement.

Vendredi également, Milorad Dodik a promis d’organiser un référendum demandant au peuple de la Republika Srpska d’approuver ses actions.

Dodik a toutefois semblé laisser une porte de négociation ouverte. Il a déclaré que le délai de six mois pourrait être utilisé pour discuter d’une éventuelle réduction de 50 % de la taille des forces armées conjointes. Mais cette hypothèse, dont il a fait une condition pour renoncer au retrait des Serbes des institutions centrales de l’Etat, risque d’être rejetée par les Bosniaques, rapporte France-Presse.

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« Cette période montrera si la Bosnie peut survivre. Je crois que c’est impossible. Elle n’a pas la capacité interne de survivre », a déclaré M. Dodik aux députés.

Milorad Dodik affirme qu’il existe un total de 140 décisions transférant des pouvoirs des entités au gouvernement central et il veut tout reprendre.

L’homme politique de 62 ans insiste sur le fait que la Bosnie-Herzégovine, le pays dont il a la charge, est devenue « ingérable ». Depuis des années, il menace de faire sécession, mais il semble maintenant déterminé à prendre des mesures concrètes dans ce sens.

Autrefois considéré comme un modéré et préféré par l’Occident comme interlocuteur, Milorad Dodik est aujourd’hui devenu un nationaliste soutenu par la Russie. Il accuse les Occidentaux d’avoir affaibli la Republika Srpska au fil des ans en renforçant l’État central par des réformes imposées et prétend que c’était un processus souhaité par les musulmans bosniaques.

Après huit heures de débat, les députés de Banja Luka ont adopté vendredi le texte proposé par 49 voix « pour » et trois « contre ». Alors que par le passé, il était parvenu à unir toutes les forces politiques de la Republika Srpska, Milorad Dodik n’a pas fait l’unanimité cette fois-ci, les députés de l’opposition ayant boycotté le vote, note l’AFP.

« Quiconque pense pouvoir y parvenir sans guerre se trompe lourdement », déclare Mirko Sarovic, l’un des leaders de l’opposition en Republika Srpska.

« Cela signifie la sécession sans la proclamer », commente le Haut Représentant de la communauté internationale en Bosnie, l’Allemand Christian Schmidt, dans un rapport sur la question présenté aux Nations unies début novembre. Il a averti que le pays était en danger imminent de division et qu’il y avait des perspectives « très réelles » de retour au conflit.

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Le Conseil de mise en œuvre de la paix (PIC), qui supervise le respect de l’accord de Dayton, a averti ces derniers jours qu’un retrait unilatéral des institutions fédérales n’était pas possible et a menacé de conséquences en cas de violation de l’accord de paix par l’une ou l’autre des parties. Cependant, ce communiqué n’a pas été cosigné par la Russie, qui fait partie du PIC, aux côtés des puissances occidentales.

Le président de la Republika Srpska, Zeljka Cvijanovic, a toutefois assuré vendredi que « la guerre et la sécession ne sont pas à l’ordre du jour politique » de la Republika Srpska.

L’annonce par Milorad Dodik en septembre de la création d’une armée de la Republika Srpska a alarmé Washington, qui a envoyé ces dernières semaines plusieurs diplomates pour réitérer le soutien américain à l’intégrité territoriale et aux institutions centrales de la Bosnie-Herzégovine.

Les États-Unis, qui ont négocié les accords de paix en Bosnie-Herzégovine (Dayton, 1995), pourraient imposer des sanctions à ceux qui tentent de se retirer unilatéralement des institutions de l’État ou de déstabiliser l’accord, a déclaré le secrétaire d’État Antony Blinken le mois dernier.

Les analystes préviennent que la pire crise depuis la fin de la guerre de Bosnie en 1995, au cours de laquelle des milliers de personnes ont été tuées et d’horribles actes de nettoyage ethnique ont été commis, est imminente. Dans un pays où les divisions ethniques entre Serbes, Bosniaques et Croates ont conduit à des crimes de guerre dans l’histoire récente, le niveau des tensions interethniques déstabilise les observateurs, écrit CNN dans un commentaire qui se demande si l’Occident est prêt à faire tout ce qu’il peut pour empêcher une éventuelle nouvelle guerre dans les Balkans alors qu’il est déjà confronté à plusieurs autres crises internationales.

D’autres analystes estiment que ce qui se passe en Bosnie est un terreau pour la guerre hybride de la Russie avec l’Occident.

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