La peinture romaine : une spécificité transalpine

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Le goût de l’art et des belles choses anime notre plume au quotidien. Aujourd’hui, The Inquirer vous propose de partir à la rencontre de Sophie Gendet, férue de peinture italienne et auteur de l’ouvrage La première chose que fais le matin

Elle retrace pour nous,le temps d’un article, les spécificités qui ont marqué l’histoire de la peinture romaine à travers les siècles. Sophie, c’est à toi !

La cabale, c’est le nom qu’on donna en Italie aux toutes-puissantes coteries lorsque Bernini, qui disposait de tous les travaux publics, tint à l’écart les peintres qui auraient pu ramener l’école romaine aux saines doctrines. De nouveau la vérité fit place à un style de convention; il ne fallut qu’un très petit nombre d’années pour que les principes les plus erronés prissent racine dans les ateliers, surtout chez les élèves de Pierre de Cortone. Bellori affirme qu’on alla jusqu’à blâmer l’imitation de l’art moderne de Raphaël et qu’on tourna en dérision l’étude de la nature.

Déjà, chez lui, on remarque certains artifices que nos artistes modernes, pour leur propre commodité, ont érigés en vertus : il finissait les parties principales et négligeait toutes les autres. L’agrément, la facilité, une certaine élégance, tels sont les traits distinctifs de son style; il évitait les ombres trop fortes, se plaisait dans les demi-teintes, recherchait les fonds un peu obscurs, coloriait sans affectation, en un mot, c’était un homme de goût… a perfect gentleman. Dans cette sagesse, aussi éloignée de la verve saisissante du génie que des écarts du mauvais goût, il y a quelque chose qui plaira toujours à la foule, parce que l’élégance est plus facile à comprendre qu’il ne l’est d’apprécier la fougue d’un grand talent. Mais ce mérite très réel, quoique limité, ce style facile, dégénéra en négligence chez les élèves; de même que la hardiesse d’un tableau design de Michel-Ange était devenue une grossière exagération du jeu des muscles. C’est le propre des élèves de tomber dans les défauts des qualités de leurs maîtres. Le style élégant de Pierre de Cortone, chez ses imitateurs, abou tit au maniérisme. On se fit un type de beauté de pure convention, comme nous avons vu les copistes de sir Th. Lawrence tomber dans l’afféterie, qu’ils prenaient pour la beauté aristocratique.

Que de caricatures sont nées de cette charmante figure du Jeune Lampton par sir Thomas ! Que de lisibles efforts n’avons-nous pas vus chez les peintres de portraits pour donner aux figures les plus bourgeoises le type byronien ! Et, au commencement de notre siècle, Isabey, dans ses charmantes tètes de femmes, si gracieusement entourées d’une auréole de gaze, de dentelles et de fleurs, de combien d’extravagants effets n’a- t-il pas fourni l’idée à ses imitateurs! Toujours il en a été ainsi : au dix-septième siècle, comme de nos jours dans la peinture abstraite, comme au temps de la Renaissance.

L’effet de cet esprit d’imitation est très visible dans les tableaux de l’école romaine au dix-septième siècle. Les têtes ont toutes une singulière ressemblance; c’est un type que les artistes adoptent, et dans lequel les traits sont d’une grandeur démesurée, surtout les bouches et les nez; le dessin est incorrect, le coloris faux et rude.

Vers la fin du siècle il n’y eut plus à Rome que deux écoles : celle de Pierre de Cortone, soutenue par son principal élève Cirocelle de Sacchi, par Carie Maratte. La première visait à étendre les idées, mais favorisait la négligence; la seconde réprimait la négligence, mais rétrécissait les idées. Elles luttèrent l’une contre l’autre, employées indifféremment par les papes jusqu’à la mort de Ciro, en 1639. Dès ce moment Carie Maratte fit la loi, et, sous Clément XI, dont il avait été le maître de dessin, il dirigea les travaux immenses que ce pape fit exécuter à Rome et à Urbino. C’est Carie Maratte qui a restauré les Loges de Raphaël; au dire de Constantin, c’est l’œuvre d’un artiste sans goût et sans jugement; Lanzi, qui vivait au milieu du siècle dernier, au contraire, loue ce travail; d’où il est permis de conclure que les couleurs de la retouche, et notamment le bleu, trop criard, auront changé avec le temps.

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