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Comment la théorie du complot du « Grand Remplacement » du Français Renaud Camus a conquis l’extrême droite mondiale

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« Le Grand Remplacement », la thèse conspirationniste dénonçant un complot visant à remplacer la population blanche de l’Europe par des immigrés, a été reprise par les auteurs de massacres comme celui de la Nouvelle-Zélande, ainsi que par des journalistes en France et en Amérique et par des personnalités comme Eric Zemmour, le publicitaire qui a grimpé dans les sondages de la présidentielle française, selon le site de la télévision française France24.

La théorie du « Grand Remplacement » proposée par le philosophe français Renaud Camus en 2011 a refait surface en France, le journaliste de droite radicale Eric Zemmour ayant récemment annoncé sa candidature à la présidentielle. Mais comment cette théorie a-t-elle été adoptée par l’extrême droite mondiale ?

Twitter a suspendu le compte de Renaud Camus en octobre pour incitation à la haine et à la violence. Parallèlement, le 4 novembre, Camus a été jugé pour la deuxième fois dans le sud-ouest de la France pour avoir incité à la haine raciale sur les médias sociaux en 2019. Condamné à deux mois de prison, il a fait appel de la sentence, les juges devant se prononcer à nouveau en janvier 2022.

Depuis qu’il a avancé la théorie du Grand Remplacement dans un livre publié en 2011, sa conception est devenue un cri de ralliement pour la droite radicale dans le monde entier, bien qu’il affirme qu’il ne s’agit pas de racisme, de nationalisme blanc ou de nazisme, juste du danger du remplacement de tout -culture, civilisation, environnement naturel.

Il a expliqué dans une interview pour « Vox » qu’il s’agit d’un phénomène général qui se manifeste par la migration des musulmans, notamment en Europe occidentale et en particulier en France – mais le remplacement peut également se faire par des Africains noirs autant que par des musulmans d’Afrique du Nord.

« Camus n’a rien inventé »

Enracinée dans les idées nationalistes racistes, la théorie du grand remplacement postule que des groupes élitistes conspirent contre les Français et les Européens blancs pour les remplacer par des non-Européens d’Afrique et du Moyen-Orient, principalement des musulmans.

Renaud Camus appelle cela le « génocide par substitution ».

Mais les bourgeons de cette vision remontent à 1900, lorsque le père du nationalisme français Maurice Barrès écrivait l’avènement d’une population qui prendrait le pouvoir et, triomphant, « détruirait notre patrie. »

Il a écrit dans un article du Journal que si le nom du pays ne disparaissait pas, « le caractère unique du pays serait détruit », tandis que les populations qui s’installeraient sur le territoire français prendraient la route de destins contradictoires avec ceux de « notre patrie et de nos ancêtres ».

À l’époque, « l’antisémitisme était fortement répandu. Barrès parlait de l’idée de pureté raciale », a déclaré à France 24 Aurélien Mondon, professeur à l’université de Bath.

Mais après la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite française avait besoin d’un nouveau discours pour la ramener dans le courant dominant. S’éloignant du racisme biologique pour embrasser le racisme culturel, la théorie du remplacement s’est imposée dans les années 1970 et 1980.

« La nouvelle droite [Nouvelle Droite] et certains des intellectuels français essayaient de trouver des moyens de se mettre au milieu », explique Mondon.

Au fil des années, ces idées se sont répandues au sein de l’extrême droite, qui se rapprochait de plus en plus du courant dominant, ouvrant la voie au livre de Camus, qui n’a donc pas été rejeté comme trop radical.

« Camus n’a rien inventé. Il a rassemblé des concepts et a inventé cette phrase, mais sa théorie s’inscrit dans un contexte plus large qui a contribué à façonner l’extrême droite en France », explique M. Mondon.

La théorie du remplacement a fait son chemin dans le monde entier, gagnant une grande popularité parmi les mouvements identitaires en Europe et l’alt-right aux États-Unis. M. Mondon explique que cela a été possible en recadrant le discours sur le racisme et l’ethnicité pour mettre l’accent sur la culture et la force culturelle.

Dans une récente interview accordée à la chaîne de télévision de droite CNews, Camus a affirmé que sa théorie ne porte pas sur la race mais sur la protection de la civilisation.

« Le racisme est encore tabou dans nos sociétés. Personne ne veut admettre être raciste ou être traité de raciste. Les personnes qui regardent cette interview et qui pourraient être convaincues par cette panique morale, par l’idée qu’elles pourraient être remplacées par une autre ethnie, ne veulent pas être traitées de racistes et soutiendront que ce qu’elles font, c’est défendre la civilisation », explique M. Mondon.

De cette façon, ils n’auront pas de sentiment de culpabilité tout en étant capables de maintenir leurs préjugés et leur racisme.

Camus fait front commun avec Eric Zemmour, le nouveau candidat à la présidence française, qui s’inspire également des théories de Camus et propage son concept de remplacement dans ses propres livres, Le Suicide Français et Destin Français.

Pourtant, si Zemmour a tenu des propos homophobes, Renaud Camus était ouvertement gay et a même publié un roman autobiographique en 1979 sur ses aventures d’un soir dans des clubs et des appartements louches aux États-Unis et en Europe.

Cette alliance improbable peut fournir une explication à la propagation rapide de la théorie du Grand Remplacement.

Selon M. Mondon, les adhérents de l’extrême droite n’ont aucun problème à accepter des points de vue contradictoires tant qu’ils sont unis par une conception supérieure, l’islamophobie ou l’antisémitisme, qui rassemble les opposants dans le même camp.

Une théorie du complot comme le Grand Remplacement peut devenir un outil pour vous mettre en position de pouvoir, même si elle présente des aspects contradictoires avec le système plus large de la droite radicale.

Mais qu’en est-il de l’idée du remplacement du blanc ?

Selon lui, il s’agit de la civilisation européenne en général dont le christianisme n’est qu’un élément central, l’aspect essentiel étant la prédominance d’une autre population qui remplacera celle d’origine.

Selon lui, l’idée de remplacer quelque chose en bas de l’échelle par quelque chose d’autre est quelque chose de « désastreux », « la forme la plus terrible de totalitarisme opérant dans le monde d’aujourd’hui, comme le fait que le monde ne devienne qu’un endroit pour le tourisme et pas pour d’autres endroits.

 » Comme Las Vegas qui remplace Venise ou les parcs d’attractions qui prennent la place de la nature ou des monuments naturels….. Le cauchemar est ce que j’appelle « l’homme substituable », celui qui n’est qu’une chose qui peut être remplacée par une autre à tout moment. Je pense que c’est absolument horrible. La pire chose qui puisse arriver depuis le nazisme », déclare Camus dans son interview à Vox en 2017.

 » Les nationalistes blancs de Charlottesville scandaient « Vous ne nous remplacerez pas » et « Les Juifs ne nous remplaceront pas », pensez-vous que cette agitation provenait d’idées sur le grand remplacement ? « . Sarah Wildman, de Vox, lui a posé la question dans le contexte des manifestations de nationalistes blancs aux États-Unis (2017).

L’opposition au remplacement est quelque chose de fortement ressenti par les gens qui n’a pas besoin d’être implanté, dit Renaud Camus, en rappelant que ce refus a été au cœur de la résistance au colonialisme en Inde ou en Afrique, et que c’est parce que la population d’un pays « ne veut pas que d’autres viennent sur son territoire et apportent des changements à sa culture, sa religion, sa façon de vivre, de se nourrir ou de se vêtir ».

« Bien que je ne me définisse pas par le nationalisme blanc, parce que ce n’est pas ma façon de penser ou de parler, je comprends un peu que les Blancs, où qu’ils soient dans le monde et surtout en Afrique du Sud, ont tendance à être très anxieux quant à leur destin. Il y a un drame très horrible en Afrique du Sud en ce moment sur le fait d’être blanc. »

« Je ne peux pas considérer ma vision générale du monde ou moi-même comme « raciste » ». […] Mais je crois que les races existent et qu’elles sont infiniment précieuses, chacune d’entre elles, comme tout le reste – le sexe, les cultures, les civilisations, la propriété privée, les nations – qui aide les hommes et les femmes à résister à l’interchangeabilité générale et qui rend chaque être humain unique, irremplaçable.

Je pense que l’une des tragédies de la modernité est que l’antiracisme a compris le mot « race » exactement de la même manière pseudo-scientifique et incroyablement limitée que les « racistes » avant eux. »

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